Belle et cruelle, j’ai nommé …

La Nature !
C’est beau n’est ce pas ? Moi aussi je trouve cette vue magnifique et j’ai la chance de finir ma journée sur ce sublime cliché. Vraiment je me sens chanceuse et pourtant … Ce beau contraste c’est aussi …

ça !

L’orage, la grêle qui vient trouer les feuilles, la pluie qui vient gorger les sols d’eau, le vent qui vient casser les rameaux qui ne sont pas encore palissés.

Le mois de Juin a été particulièrement pluvieux. En 7 jours nous avons eu plus de 100mm d’eau soit 1/7e du volume de pluie annuel ! Cette pluviométrie exceptionnelle permet l’entrée en scène d’un personnage bien peu apprécié des vignerons : LE MILDIOU.

Le mildiou est une maladie cryptogamique … un champignon ! Il se remarque par la présence de tâche d’huile sur les feuilles et des sporulations en dessous. Il peut aller jusqu’à détruire les grappes. Pour s’en prémunir nous pulvérisons du cuivre sur la vigne. En bio aussi nous devons effectuer ce traitement a des fréquences même plus rapprochées qu’en conventionnel. En effet, nos produits sont dits « de contact » : ils protègent là où ils se posent. Dès lors que la plante pousse, que les feuilles grandissent ou que la pluie lessive le produit, la vigne n’est plus protégée. A ce jour j’ai déjà traité à 7 reprises ma vigne. Il faut être très vigilent, surveiller de près la météo et intervenir au moment le plus opportun (végétation sèche, juste avant la pluie, moins de 19km/h de vent, pas trop chaud … autant dire que les créneaux ne sont pas faciles à trouver). Mais quand bien même nous aurions protégé au mieux la vigne, 100mm d’eau c’est trop et le mildiou s’épanouit. Pour arranger ses affaires, les impacts de grêle sont des superbes portes d’entrée dans les feuilles.

Alors ce matin lorsque j’ai découvert en palissant (relever les fils de palissage pour que les rameaux soient bien droits) que deux de mes parcelles étaient bien attaquées c’était la douche froide. Et puis j’ai vite contacté Sébastien, mon mentor et ami mais aussi Sandrine, notre technicienne. Et alors la méthodologie, les conseils et les encouragements aidant, j’ai retrouvé de la combativité.

J’ai palissé 10h aujourd’hui pour que mes vignes soient prêtes à recevoir les traitements très rapprochés que je vais faire ces prochains jours afin d’endiguer le mildiou. C’est un vrai match de boxe qui commence pour moi, comme pour de nombreux vignerons en Loire et surement ailleurs. Le gel a eu raison de 75% de mes grappes et maintenant il s’agit de ne pas laissé le mildiou ramasser le reste !

Durant la journée je suis passée de « je devrais tout arrêter, la ferme, ce métier, tout » à « Allez go go go ! Je peux le faire ! On est tous dans le même bateau ! On va y arriver » en passant pas « môman …. j’ai envie de pleurer ». On ne s’ennuie pas dans les vignes.

Et bien croyez moi ou pas mais malgré tout je le trouve magnifique ce menaçant nuage plus haut… Je vais aller me coucher en lisant L’Odyssée d’Hakim (que je vous recommande vivement). Il y a des histoires qui font relativiser la température d’une douche froide …